OM NAMO SHIVAGO *

*(hommage à Jivaka)

Voici une nouvelle chronique sur le docteur Jivaka, grande figure des médecines traditionnelles et maître spirituel des masseurs thaï. Vous trouverez ici une introduction générale sur ce personnage.

En quelle occasion ces 2 êtres exceptionnels, celui qui allait devenir le Roi des médecins et le Sage Éveillé se sont rencontrés ?

En prélude voici ce texte tiré de l’ouvrage « The great Chronicle of Buddhas » par le très Vénérable Mingun Sayadaw. Ces extraits nous montrent dans le premier et dernier paragraphe de l’article que les rencontres et les situations de la vie sont dues au Karma (loi des actes et des conséquences) et dans le deuxième paragraphe le titre « His last existence as Jivaka » nous apprend que le Docteur Jivaka vit sa dernière réincarnation. Cela qui signifie que par sa pratique intérieure il a atteint l’état d’Arahant, le plus haut degré de réalisation de l’éveil et la fin de l’errance dans le cycle des existences conditionnées (samsara).

Le chapitre suivant se passe à une autre époque bien avant la naissance du docteur Jivaka.

L’aspiration passée de Jivaka.

[…Le future Jivaka, pris naissance dans une notable famille dans la ville Hamsavati au temps du Bouddha Padumuttara.

Tout en assistant à un enseignement du Bouddha, il vit un laïc désigné comme le plus accompli parmi ses fervent disciples. Inspiré de tout son être à cette vue, Jivaka émit l’aspiration de devenir un tel disciple dans le future.

Après avoir fait une offrande extraordinaire, il exprima son souhait devant le Bouddha Padumuttara qui prophétisa l’accomplissement future de ce souhait.

Sa dernière existence en tant que Jivaka

Cet être vertueux (Jivaka) traversa cent-mille incarnations dans les mondes des dieux et humains avant de renaitre dans d’étranges circonstances  dans la ville de Rajagaha, durant l’époque du Bouddha Gautama*. …]

Il fut conçut dans la matrice d’une artiste renommée appelée Ambapali. Son père était le prince Bimbisara qui, devenue Roi sera un proche disciple et ami du Bouddha Gautama

*bouddha historique de notre hère, environ 500 av. JC

La demande du Roi Bimbisara

Les 4 chapitres suivant sont tirés de « Sur les traces de Siddharta » du Vénérable Thich Nahat Hanh qui s’est lui même inspiré de ses recherche des sutra bouddhiste des traditions du nord et du sud.

[… Le roi Bimbisara se rendait régulièrement dans la Forêt de Bambous. Parfois, la reine Videhi et le prince
Ajatasattu l’accompagnaient, mais le plus souvent, il se rendait seul jusqu’à la hutte du Bouddha. Un jour qu’il avait assisté à un exposé sous une pluie battante, il demanda au Bouddha la permission de faire construire une vaste salle couverte. Le Bouddha donna son accord et une salle de Dharma pouvant abriter deux mille personnes fut promptement construite. Le Bouddha et le roi prenaient souvent place à l’extérieur sur la plate-forme de bambou pour discuter. Un jour, le roi avoua au maître :

J’ai un autre fils que j’aimerais vous présenter ainsi que sa mère qui n’est pas la reine Videhi. Elle s’appelle Ambapali et lui, Jivaka. Il aura bientôt seize ans. Ambapali vit à Vesali. Elle n’est attirée ni par la vie confinée du palais, ni par les titres ou le prestige. Elle n’aime que sa propre liberté. Je les ai richement pourvus en commodités. Jivaka, intelligent et appliqué, est indifférent aux affaires politiques et militaires. Il vit près de la capitale et suit des études médicales. Je les aime beaucoup et j’espère que vous les aimerez aussi.
Ó, Compassionné, acceptez de rencontrer Jivaka et sa mère.
Le Bouddha marqua son assentiment d’un sourire radieux.
Le roi joignit les mains et prit congé, le cœur débordant de gratitude…]

La rencontre de Jivaka avec le Bouddha

[… Peu avant la fin de la retraite de la saison des pluies, arriva une femme d’une beauté exceptionnelle.
Son attelage blanc était guidé par un jeune homme d’une quinzaine d’années. Son allure témoignait de son raffinement et de sa noblesse. Elle demanda à un jeune bhikkhu (moine) de la présenter au Bouddha. Celui-ci n’était pas encore revenu de sa marche méditative, aussi le bhikkhu les invita à s’asseoir sur des chaises de bambou devant sa hutte.
Peu après, le Bouddha revenait en compagnie de Kaludayi, Sariputta et Nagasamala. La femme et le jeune homme se levèrent et s’inclinèrent respectueusement. Le Bouddha leur fit signe de se rasseoir et s’installa à son tour sur une
chaise. Il comprit que la femme devait être Ambapali et le jeune homme, le fils du roi Bimbisara, Jivaka.
Kaludayi n’avait jamais vu une femme aussi belle. Bhikkhu de fraîche date, il se demanda s’il était convenable
de la regarder. Il préféra baisser le regard. Nagasamala reagit de la même façon. Seuls le Bouddha et Sariputta fixaient la jeune femme dans les yeux. Sariputta nota combien le comportement du Bouddha restait naturel en face d’Ambapali. Son visage était aussi serein qu’une magnifique pleine lune. Sa joie et son bien-être imprégnaient, en cet instant, le propre coeur de Sariputta.

De même, Ambapali regardait le Bouddha dans les yeux en se disant que personne n’avait encore jamais posé un tel regard sur elle. Les autres hommes l’avaient toujours observée avec désir. Le Bouddha la fixait comme il aurait regardé un nuage, une rivière ou une fleur. Elle eut l’impression qu’il pouvait percer ses pensées les plus intimes. Elle joignit les mains et se présenta.
– Je m’appelle Ambapali et voici Jivaka, mon fils, étudiant en médecine. Nous avons beaucoup entendu parler de vous et nous espérions ce moment avec impatience. Le Bouddha interrogea Jivaka sur ses études et sa vie quotidienne. Bien que de même père qu’Ajatasattu, il semblait posséder une plus grande profondeur d’esprit que le jeune prince.

Jivaka ressentait beaucoup de respect et d’affection pour le Bouddha. Il se dit qu’il viendrait s’installer à la Forêt de Bambous après ses études de médecine.

La liberté d’Ambapali et les circonstances de la naissance de Jivaka

Ambapali s’était imaginé que le Bouddha devait ressembler à tant d’autres enseignants célèbres. Elle réalisait maintenant qu’elle n’avait jamais rencontré un être au regard si compatissant et capable de comprendre toutes les souffrances emprisonnées dans son coeur. Une grande partie de ses tourments fut apaisée. Des larmes perlaient à ses yeux quand elle déclara:
– Maître, ma vie est un océan de souffrance. Je n’ai jamais manqué d’argent ou de biens, mais je n’ai jamais ressenti une quelconque motivation jusqu’à aujourd’hui. C’est le plus beau jour de ma vie.

Ambapali avec le Roi Bimbisara

Ambapali était une danseuse et une chanteuse de talent, mais elle ne se produisait pas devant n’importe qui. Si quelqu’un lui déplaisait, elle refusait de donner son spectacle, sans considérer la quantité d’or offerte. A l’âge de seize ans, elle connut une aventure amoureuse suivie d’une rupture douloureuse. Peu après, elle fit la connaissance du prince Bimbisara. Ils s’aimèrent et eurent un fils, Jivaka. Cependant, personne au palais ne voulut accepter Ambapali et son enfant. Des membres de la famille royale répandirent le bruit que Jivaka était un orphelin recueilli par le prince sur le bord de la route. Ambapali souffrit beaucoup de ces accusations et de l’humiliation causée par la jalousie et la haine des membres du palais. Très vite, elle s’aperçut que sa liberté était la seule chose à protéger. Elle refusa de vivre chez le roi et jura de ne jamais renoncer à sa liberté pour qui que ce soit.

Ambapali reçoit les enseignements du Bouddha

Le Bouddha s’adressa à elle avec gentillesse :
– La beauté naît et se fane. Il en est de même de la célébrité et de la fortune. Seules, la paix, la joie et la liberté, fruits de la méditation, procurent une véritable joie. Ambapali, chérissez et prenez bien soin de chaque instant de cette vie. Ne vous perdez pas dans la distraction et les vains amusements.
Le Bouddha enseigna à Ambapali* une nouvelle façon de vivre, de respirer, de s’asseoir, de travailler en pleine Conscience, et de pratiquer les cinq préceptes.
Avant de partir, elle dit, débordante de reconnaissance.
– Près de Vesali, je possède une agréable et paisible plantation de manguiers*. J’espère recevoir prochainement votre visite et celle de vos bhikkhus (Moines). Ce sera un grand honneur pour mon fils et moi. S’il vous plaît, Vénéré Maître Bouddha, n’oubliez pas mon invitation.

Le Bouddha accepta d’un sourire…]  fin des extraits.

* Peu de temps après son entrevue avec le bouddha, Ambapali renonça à sa position sociale et suivit la voie de la pratique intérieure. Elle resta une partisane active de la communauté de Bouddha et a consacra sa vie au service des pauvres et des démunis. La tradition dit qu’elle devint une Arahant, (une Sage Éveillée).

* plantation de manguiers : des années plus tard ce terrain sera offert par Jivaka au Bouddha et à la communauté des moines. Jivaka resta durant toute sa vie un proche du Bouddha, son médecin et conseillé. Il exerça son activité de médecins, dévoué à tous et soignant les plus pauvres. A un age avancé le docteur Jivaka pris les vœux de moine auprès du Bouddha et fut renommé Vimala Kondanna. Il consacra le reste de sa vie à la pratique intérieure et à s’occuper du jardin médicinal de la communauté des moines. On apprend ci-dessus que Jivaka avait entre 15 et 16 ans lors de sa première rencontre avec le Bouddha, le passage suivant se déroule probablement plusieurs décennies après.

Jivaka est désigné comme le plus grand disciple laïc.

[… A une autre occasion alors que le Bhagavan (vainqueur, désigne le Bouddha) résidait au monastère de Jetavana et qu’il conférait des titres pour distinguer les disciples laïcs en relation avec leurs mérites (actions méritoires), le Bhagava déclara :

« Moines, parmi mes fervents disciples laïc, Jivaka est celui qui à atteint la plus haute réalisation. » …]

 

NAHA NAWA LOKA PAYATI WINA SANTI*

*dédicace pour souhaiter paix et santé à tous les êtres dans tous les mondes

 

Souces : « The great Chronicle of Buddhas » par le Vénérable Mingun Sayadaw. « Sur les traces de Siddharta » du Vénérable Thich Nahat Hanh

Compilations, traductions et commentaires : Roman Léonardi Vandevelde pour Nuad Sen

 

Roman racontant une histoire de Jivaka à ses étudiants devant une statue le représentant. Chiang Mai, pèlerinage des masseurs Nuad Sen 2017